Page précédente
                              
Echo de l'Orbi n°20
Novembre/Décembre 2004



  Sommaire :

Le mot du maire



La chaume des Vintergés fait reparler d'elle !


En mai 2001, je ne pensais pas que la chaume des Vintergés était encore si présente dans les esprits. Il m'a fallu participer en juin à une réunion, la première, avec le Parc des Ballons et Monsieur le Secrétaire Général de la préfecture, pour me rendre compte que c'était encore un sujet « brûlant ». J'ai donc décidé d'actualiser mes connaissances sur ce dossier. Pour comprendre la passion de ceux qui ont vécu la vente du bâtiment et des terrains par l'industrie locale, il faut se rappeler que les vosgiens et leurs collectivités territoriales n'ont manifesté aucun intérêt comme acheteurs. De ce fait, une indivision constituée :

- du Conservatoire des Sites Lorrains (20 %)
- du Conservatoire des Sites Alsaciens (20 %)
- du Conseil Général du Haut Rhin (60 %)

en a pris le pouvoir. Et bien naturellement une majorité alsacienne prenait en charge la destinée des Vintergés. Les choses se gâtent lorsque le motif d'achat : faire du bâtiment un centre pédagogique et de formation n'aboutit pas. Le projet se fera, mais ailleurs. A partir de ce moment, les Vintergés deviennent un centre de débats, de conflits parfois, mais toujours d'amertume et d'incompréhension.

Et voilà qu'en 2003, l'indivision décide de démolir le bâtiment par un arrêté préfectoral conforme aux statuts (je n'ai été averti de la démolition que par des personnes s'étonnant de voir descendre de la chaume un gros camion rempli de gravats), puis qu'en 2004, on invite le maire de Ventron à signer un permis de construire pour un abri. Faute de pouvoir faire mieux, j'ai accepté.

J'ai accepté car il était temps de mettre fin à ce gâchis et de tourner la page d'une situation où les vosgiens étaient totalement impuissants. Alors désormais, quel intérêt présente la chaume des Vintergés ? Un domaine expérimental de réserve ?... Ah ! Non... Rendons aux Véternats la maîtrise de leur territoire.
J'aimerais, pour l'avenir de la chaume des Vintergés, vous faire partager mes propositions :
- l'indivision restitue gracieusement l'ensemble à la commune de Ventron (soit un euro symbolique !)
- le nouvel abri d'estive pourrait s'appeler Jean Colon, dernier exploitant des Vintergés
- on baptiserait le chemin d'accès actuel : Henri Delettre.


Tous deux, par leurs convictions, leur défense de la nature, leur passion de la montagne, mériteraient de laisser leur nom à la postérité. Ne pensez-vous pas ? Faites-le moi savoir : j'y vais seul ou on y va ensemble ?...À bientôt

J. Lambert

Haut de page


Infos communales en vrac

Les travaux de sécurisation du clocher de l'église sont terminés. Les façades autour du porche ne sont pas comprises dans le devis. Avez-vous des idées pour en améliorer l'esthétique ? N'hésitez pas à nous les communiquer.
Le logement au-dessus de la poste (type F 3) est en voie d'achèvement. Si vous êtes désireux de le louer, adressez-vous en mairie.
Le columbarium est installé à l'entrée du cimetière, à côté du caveau provisoire ; il permet d'accueillir huit urnes funéraires.

Y. Gillet

Club Vosgien

Le Club Vosgien de Ventron recherche un successeur pour remplacer le président actuel, qui terminera son mandat en janvier 2005, à la date de l'assemblée générale du club. Le successeur prendra le poste après l'approbation de l'assemblée et du comité ; il s'engagera pour une durée de trois ans.
Les personnes intéressées sont priées de prendre contact avec Christophe Rousset, au 03 29 24 25 38.

Le président : Ch. Rousset

Association Familiale

Bilan du CLSH 2004 (Centre de Loisirs Sans Hébergement)

Il a été animé par Christelle Valdenaire et Céline Vanson, comme l'année dernière. La fréquentation moyenne pendant ces quatre semaines a été de 18 enfants, de 6 à 11 ans. Ils se sont retrouvés quatre demi-journées et une journée complète par semaine, ce qui leur a permis de découvrir ou redécouvrir le labyrinthe de Ribeauvillé, la piscine de Wesserling, l'incontournable Fraispertuis et le Felzach, et de participer aux activités manuelles. Tout ceci sous le thème général des continents avec leurs moeurs et leurs coutumes. Cette année, l'Association Familiale a participé financièrement aux diverses sorties des enfants et a offert les goûters.

Appel aux familles

L'Association Familiale organise chaque année différentes manifestations et activités pour les familles de Ventron, ainsi le bal des jeunes, Saint Nicolas, le CLSH, les loisirs créatifs...

La présidente Josette Gillet lance un appel à toutes les personnes qui seraient intéressées pour rejoindre le comité. Elle précise également qu'elle abandonnera la présidence de l'association à la prochaine assemblée générale (mars 2005), et fera la liaison de l'organisation des activités.

J. Gillet
Haut de page



Nouveau règlement du Service de Distribution d'Eau

Un règlement est un document établi à partir de textes officiels et de la législation existant à un moment donné. Le nôtre, qui est applicable aux habitations raccordées au réseau de distribution, date du 12 avril 1985. Il est facile d'imaginer que depuis cette époque, les loi, décrets et autres jurisprudences l'ont rendu « défaillant ». Un travail d'analyse en profondeur, établi avec le concours d'un cabinet spécialisé, a conclu : plutôt que d'aménager et compléter, il fallait opter pour un nouveau règlement. Ce document, approuvé par délibération du conseil municipal le 28 juillet 2004 et transmis à la préfecture pour contrôle de légalité, devient applicable.
Il ne s'agit pas de le reproduire intégralement dans cet « Echo de l'Orbi », mais de vous en donner les grandes lignes. Tout d'abord, il faut distinguer les incidences touchant les anciens abonnés et les nouveaux.
Concernant les abonnés actuels :

Un recensement des cas particuliers sera fait. Nous prendrons l'initiative de rencontrer l'abonné si besoin est. Concernant les nouveaux abonnés :
  1. Le changement le plus important consiste à ce que les branchements sont désormais effectués en bordure de la propriété. Le compteur ne se trouve plus dans l'immeuble, mais sera placé dans un caisson « hors gel ».

  2. La capacité du réseau, ainsi que la proximité d'une conduite principale, deviennent un élément majeur d'obtention du permis de construire.

  3. Les immeubles collectifs posséderont un compteur principal en caisson. Des compteurs individuels pourront être installés, à la demande du propriétaire, à ses frais, et selon certaines règles.

Concernant les abonnés actuels et nouveaux :

Voilà pour l'essentiel.

Ce règlement est soumis à tout nouvel abonné. Son acceptation conditionne le raccordement au réseau. Pour les anciens abonnés, il est consultable en mairie et pourra être remis à ceux qui en feront la demande. Il faut aussi rappeler que les résultats des analyses d'eau, effectuées régulièrement en laboratoire après prélèvement dans les réservoirs ou sur le réseau, sont portés à votre connaissance, par affichage à l'entrée de la mairie. Il y a, parmi les nombreuses directives qui naissent quotidiennement, des textes qui associent une réglementation à laquelle on ne peut se soustraire, à une qualité environnementale et une volonté de développement durable.
Je pense que ce nouveau règlement en fait partie.

Parce que nous tenons tous à notre eau, prenons-en soin.

J. Lambert
Haut de page


Un an déjà...

L'assemblée générale de l'ADIC (Animation Développement Inter Communal) a eu lieu le 30 septembre à la salle des fêtes. Cette association, comptant 82 adhérents auxquels viennent de s'ajouter trois nouvelles recrues, a vu le jour au mois de juillet 2003, créée dans un but d'animation culturelle, artistique, scénique et sportive.

Les manifestations de l'année :

Les différentes activités :

Les séances de fitness :

Avec un total de 240 heures toutes activités confondues (step, aérobic, gym tonic, hip-hop) et 30 participantes à chaque séance, quatre ou cinq chorégraphies sont travaillées tout au long de l'année.

Le principal objectif de l'aérobic est d'améliorer la capacité d'aérobie de l'organisme (entraînement cardio-vasculaire). Il développe les capacités motrices et la coordination.

Le step est un programme faisant appel aux capacités d'endurance et de coordination, basé techniquement sur des déplacements en pas marché, centrés sur un marche-pied. Cette marche est modulable et permet donc de varier l'intensité de l'effort.

FAC : ce sont les groupes musculaires du bas du corps, fessiers, abdominaux et cuisses.

Le stretching, comme tout programme de fitness doit comporter des exercices d'étirement, il permet donc de récupérer la fréquence cardiaque et évite les courbatures.

Que ce soient les cours de step, aérobic, hip-hop..., ils sont construits sur de la musique rythmée, cette dernière étant une aide précieuse pour animer les cours.

Expression corporelle Hip-Hop :

Le hip-hop fait partie intégrante de la remise en forme. C'est une danse des rues exprimant l'agressivité, l'intimidation et le défi. En revanche, elle est non codifiée puisqu'elle échappe à toutes règles. Elle se travaille sur une musique rap ou groove, le temps est assez lent  : 95 / 110 bmp (battements par minute).

Le LIA funk est l'insertion du mouvement en contretemps dans une base de LIA (Low Impact Aérobic) ou de faible impact. Cinq ou six chorégraphies sont travaillées tout au long de l'année.

On retrouve ces valeurs dans la danse : écoute, concentration, rythme, équilibre, latéralisation, mobilité dans l'espace et parfois même le mime.

Nouveautés pour la rentrée :

Cette liste n'est pas exhaustive.

La présidente : B. Vanson

Haut de page


NOVEMBRE 1944 – LIBÉRATION DE VENTRON

Cette année la France a vu de nombreuses commémorations rappelant la fin de la guerre il y a 60 ans. Dans notre village c’était en Novembre 1944, mais auparavant, comme partout en France, il s’était passé un certain nombre d’événements, et nous allons laisser la parole aux élèves de l’école de garçons de Ventron, qui à la demande de leur instituteur, avaient traduit leurs propres impressions avec simplicité et émotion. Un petit fascicule avait été édité en Juin 1945 et « vendu au profit des victimes locales de la barbarie allemande ». Ce petit livret s’intitulait :

JOURS TRAGIQUES (Octobre-Novembre 1944) - MARTYRE & LIBÉRATION D’UN VILLAGE VOSGIEN -VENTRON -

C’est ce texte, très légèrement raccourci - sans doute mis en forme par leur instituteur - que nous vous présentons. Certains d’entre vous possèdent probablement l’original, mais les autres découvriront ces événements historiques à travers le regard des jeunes de l’époque.


La Guerre !

Ce mot évoque pour nous, enfants, de cruels souvenirs, nous en avons vécu les moments tragiques, nous en avons souffert, nous en rêvons et en vivons souvent, en pensées, toutes les phases.


La Vie sous l'occupation

Du mois de Juin 1940 à Août 1944, nous n’avions pas d’Allemands pour occuper le village. Cette période a été relativement calme, mais on sentait la présence partout, des vainqueurs provisoires. Chaque semaine, des convois de seigle, de foin, de pommes de terre, de vaches quittaient notre commune pour être livrés aux armées occupantes ; souvent nos papas, nos frères partaient obligatoirement travailler pour l’ennemi à l’étranger, souvent aussi, des hommes étaient interrogés par la police, la hideuse gestapo, sur leur activité. Cela était pénible à supporter, mais des souffrances plus graves nous attendaient.

Le 3 Août, les Allemands occupaient le centre du village. C’étaient des troupes qui se repliaient devant les armées françaises, ou des unités fraîches, venues en renfort. L'aviation anglaise veillait. Un après-midi, nous vîmes passer devant notre école, un convoi de quarante camions neufs, chargés de canons anti-chars et montés par de jeunes hitlériens fanatiques et joyeux. Une heure après, le convoi reprenait le chemin de l'Alsace. Quel spectacle : camions éventrés et remorqués les uns aux autres, canons détruits, blessés hurlant leur douleur, conducteurs la tête basse. La RAF avait fait du bon travail. Ils étaient décidés à défendre le col d’Oderen coûte que coûte et parlaient de s’installer ici tout l’hiver. La vie redevenait de plus en plus difficile. Les Allemands volaient les fruits sur les arbres, faisaient disparaître poules, lapins, réquisitionnaient les objets les plus hétéroclites : lampes à pétrole, skis, machines à coudre, luges, bicyclettes, postes de radio, etc. C’était le pillage en grand sous la menace du revolver. Nous ne devions plus circuler de 7 h du soir à 7 h du matin. Tout travail était devenu difficile, les journées étant trop courtes. La nuit, les ennemis tiraient dans les fenêtres dès qu’ils apercevaient un filet de lumière. Nos mamans faisaient les commissions à la hâte. La vue des Allemands les faisait frémir.

Le 7 Septembre, une patrouille allemande rencontra une patrouille du maquis vers les Buttes. Des coups de feu furent échangés et une centaine d’Allemands durent monter en renfort pour dégager leurs camarades. Cet incident devait avoir pour notre commune de funestes conséquences. Le lendemain, 8 Septembre, l’ordre fut donné à tous les hommes de 16 à 60 ans de se rendre sur la place publique ; ils furent, sous la menace de représailles, obligés d’aider les Allemands à préparer leurs lignes de résistance en aval de Ventron.

L’esclavage commença. Chaque matin, nos papas durent se rendre aux travaux pour l’ennemi, fossés anti-chars à creuser, tranchées, abris, fils de fer barbelés, arbres à couper, routes à miner etc, continuellement surveillés par les S.S. inflexibles et barbares. Un appel avait lieu chaque jour, les manquants étaient immédiatement recherchés et reconduits sous escorte à leur travail. Les travaux agricoles furent abandonnés : les pommes de terre restèrent dans les champs. Le bruit du canon se faisait plus net. Les blessés allemands arrivaient de plus en plus nombreux dans notre salle de classe transformée en infirmerie. Cela dura jusqu’au 10 Octobre, date à partir de laquelle les premiers obus alliés tombèrent sur le village. La bataille allait entrer dans une nouvelle phase.


La Bataille

Le gros des troupes allemandes quitta le village le 12 Octobre, ne laissant que des fantassins, des artilleurs et un poste de secours. En tout une cinquantaine d’hommes. Nous comprîmes bientôt les raisons de cette évacuation rapide : des patrouilles françaises s’étaient infiltrées dans les montagnes vers Peute-Goutte et la Malcôte, et menaçaient Ventron d’encerclement. La fin nous semblait proche. Hélas ! Notre calvaire n’était qu’à son début. De leur poste d’observation, les artilleurs français surveillaient la commune et tout mouvement insolite de militaires à pieds, de voitures, de civils, déterminait un tir de barrage d’une exceptionnelle violence. La vie en maison devenait intenable. Chacun procéda à son installation en cave, qui était à la fois cuisine, salle à manger, chambre à coucher, éclairée tout au long du jour par une lampe à pétrole fumeuse, une bougie ou même un cierge. Les obus pleuvaient tous les jours, et chaque matin nous apprenions de nouvelles destructions. Huit fermes furent incendiées, une centaine d’autres eurent leurs murs éventrés ou lézardés, leurs toitures crevées, tous leurs carreaux brisés, notre école ne fut pas épargnée. Quinze civils furent tués et enterrés dans leur jardin. Notre inquiétude était immense et seul l’espoir nous donnait du courage. Cela dura un long mois. Nos pensées étaient toujours les mêmes : « viendront-ils ? Demain ? Après-demain ? ». Le ravitaillement manquait, aucune distribution de pain n’eut lieu pendant un mois. Pendant ce temps les Allemands demeuraient actifs, minant les routes, faisant sauter des ponts, abattant des arbres, patrouillant contre le maquis. De jeunes hommes n’hésitèrent pas à franchir les lignes pour informer les armées amies de la situation des troupes allemandes, de l’emplacement de leurs batteries, vite réduites au silence. Chaque jour, bien que privés de nouvelles et de journaux, nous attendions la libération, mais celle-ci devait nous coûter fort cher. Déceptions, surprises, douleurs nous étaient encore réservées.

La Déportation

Le 8 Novembre au matin, tous les hommes de 15 à 50 ans durent se rendre sur la place de l’église à 10 h 30. On leur raconta les plus affreux mensonges, ils devaient quitter leur village pour quelques jours et aller effectuer des travaux de fortification en Alsace. Hélas, c’est vers une destination lointaine qu’ils furent emmenés, vers l’Allemagne ! Il était impossible de se soustraire aux ordres donnés car des patrouilles allemandes circulaient partout. La majorité de nos papas n’eut que quelques minutes pour se préparer. Plusieurs partirent en sabots et dans leurs vêtements de travail. L’angoisse et la désolation étaient à leur comble. Nos mamans pleuraient, les enfants criaient. On séparait les familles, dont plusieurs hélas ne devaient jamais se retrouver réunies.


L’Evacuation

Mais déjà d’autres nouvelles circulaient, l’évacuation de la population civile paraissait imminente. Chacun prépara sa valise, y entassa tout ce qu’il croyait pouvoir porter. Le 9 Novembre, les femmes, les vieillards et les enfants se rendirent sur ordre vers la place de l’église. Ainsi donc, il fallait tout abandonner : maisons, foyer, village, toutes choses que nous avions aimées mais dont nous faisions le sacrifice. Où allions-nous nous diriger ? Vers l’Allemagne où vers la France ? Question angoissante, incertitude cruelle de ces heures inoubliables ! Les obus tombaient. Il faisait une épouvantable tempête de neige. Les Allemands nous racontèrent - éternels menteurs - qu’ils avaient obtenu une trêve pour notre évacuation, et c’est ignorants du danger que nous nous mettions en route vers les lignes françaises. Suivre la grande route aurait été trop simple. Les barbares hitlériens nous obligèrent à monter par un chemin de montagne criblé de trous d’obus et transformé en ruisseau tellement le temps était mauvais. Les enfants criaient, pleuraient, avaient froid, les vieillards se plaignaient, ne pouvaient plus marcher. Nous étions comme un troupeau de bêtes traquées. Lentement nous reprîmes le chemin du village. Alors un officier allemand furieux, menaçant d'exécuter tous ceux qui tentaient de rentrer dans leur maison, obligea la misérable colonne, curé en tête, drapeau blanc à la main, à reprendre le chemin de la montagne vers les lignes françaises. C’est à ce moment que le bombardement allié commença. Le temps s’était éclairci, les observateurs d’artillerie nous avaient pris pour des ennemis montant en renfort. On se couchait dans le fossé ruisselant d’eau et de neige fondue. Les obus éclataient de toute part. Les personnes blessées se plaignaient sur le bord du chemin. Nous étions presque sourds à leur douleur, car le malheur nous rendait insensibles.

À vingt heures, en pleine nuit, par des sentiers pleins d’eau, à travers des champs de mines nous arrivâmes à Travexin, pays mort, car tous les habitants avaient été évacués. Le misérable défilé se poursuivit toute la nuit, nous avions tout abandonné, même pour plusieurs les quelques bagages qu’ils avaient emportés. Notre misère et notre épuisement étaient immenses. C’est seulement au Pont du Gouffre que nous entendîmes, car la nuit était très noire, les premiers soldats français. Pensez si nous étions heureux, mais songions aux heures terribles que nous venions de vivre. Deux voitures chargées de bagages avaient sauté sur des mines traîtresses, deux dames âgées trompées par l’obscurité s’étaient noyées dans la rivière en franchissant la passerelle au Pont du Gouffre. Notre pensée était souvent loin, vers nos chers papas ou frères déportés. Nous marchions harassés vers une existence inconnue, vers l’ombre et dans l’ombre. Nous étions libres, nous venions de nous libérer mais nous n’avions plus de chez nous !

C’est bien tard dans la nuit ou à l’aube du jour suivant que les quelque sept cents évacués arrivèrent à Saulxures sur Moselotte pour y être hébergés et réconfortés par l’armée française. C’est là que pour la première fois, il nous fut donné de contempler notre armée, nos soldats français ou nord-africains en tenue kaki, vifs, bienveillants, généreux, compatissants. Ce qui nous étonna le plus ce fut l’abondance du matériel inconnu dont ils disposaient. Les chars lourds, trapus, menaçants, les camions ventrus chargés de ravitaillement militaire ; les jeeps si mobiles… De ce contact trop rapide se dégageait l’impression d’une puissance irrésistible déjà victorieuse. Que le général de Gaulle que nous vénérions depuis longtemps en silence, devait être très satisfait en apprenant chaque jour les progrès de ses troupes ! Quel réconfort pour nous ! Mais déjà il nous fallait quitter cette zone encore dangereuse. Et ce fut par camions, la dispersion vers plusieurs communes du département ou des départements voisins où le meilleur accueil nous devait être réservé. Notre calvaire tirait à sa fin. Nous avions tout perdu, mais retrouvé la liberté.


La Nouvelle de la Libération de notre Commune

Elle se répandit rapidement et dès les premiers jours de Décembre quelques femmes courageuses rentrèrent au pays. La vie recommençait. C’est par les troupes françaises que nous apprîmes la façon dont notre village fut libéré. Voici en quelles circonstances.

Le 26 Novembre, la première patrouille composée de soldats du 7ème R.T.A. descendit au village, venant de la Ronde Bruche. Elle montrait ainsi à l’ennemi que les tranchées étaient contournées et ne servaient à rien ! Puis le gros des troupes arriva du même endroit sans grandes pertes, car les Allemands trop souvent bombardés s’étaient retirés sur les hauteurs.

La prise du village a donc été assez rapide. Mais les Allemands avaient préparé des pièges. Au pont du Gros-Pré, dix-sept Français furent tués par l’explosion d’une torpille, et le capitaine allemand qui se préparait à faire sauter le pont, refusa de se rendre, il fut tué sur place. De là au col d’Oderen, nos troupes avancèrent sans trouver trop de résistance. Le col lui-même fut difficile à prendre, une chenillette française fut brûlée par un obus, de nombreux Allemands furent faits prisonniers. Mais du côté alsacien trop abrupt sans doute, les Allemands se sauvèrent au plus vite après avoir fait sauter la route et les rochers qui la surplombaient.

La bataille pour la libération de notre commune terminée, l’œuvre de reconstruction allait commencer immédiatement avec ténacité.


Reprise du Travail

Quel affreux spectacle s’offrait aux yeux de ceux qui, l’un après l’autre, reprenaient le chemin de leur commune martyre. Le quartier du Daval était complètement détruit. La plupart des maisons étaient en ruines ; c’était partout le désordre, le véritable taudis ; meubles cassés, paille dans toutes les pièces, tapisseries déchirées, peintures noircies, linge gisant à terre, sale, vaisselle brisée, casseroles disparues, literies dispersées, fourneaux détruits ou transportés en forêt. Les tuiles ayant été brisées sans être remplacées, l’eau coulait sur les meubles, tout pourrissait, tout se détériorait . Oui, c’est dans cet état que nous avons retrouvé nos maisons. Notre école elle-même n’avait pas échappé à l’action des pillards et des vandales. Une salle de classe, après avoir servi d'infirmerie fut transformée en écurie.

Il a fallu un immense courage aux premiers habitants pour reprendre contact avec leur demeure pendant un hiver particulièrement rude, souvent sans feu, car le danger était grand d’aller quêter du bois mort en forêt en raison des mines innombrables dont le sol était et est encore truffé. Leur exemple fut contagieux, chaque jour on signale de nouvelles rentrées. La vie reprend dans la liberté acquise chèrement mais retrouvée.

Nous sommes enfin libres ! Il faut comprendre tout ce que ces mots signifient pour nous d’encouragement, de réconfort, d’espoir, de joie. La Croix-Rouge nous aide puissamment à reconquérir un minimum d’aisance matérielle en distribuant à tous, vêtements ou literie. L’affectueuse sollicitude des communes du département, la sympathie agissante de nombreuses écoles de France et de leurs maîtres sont pour nous des actes de solidarité d’une valeur inestimable. Grâce à leur action, chacun de nous possède maintenant un lit et des vêtements, du matériel scolaire et même des jouets. Que tous trouvent ici l’expression de nos remerciements émus ! Les déportés rentrent, misérables, amaigris, mais l’âme forte. Hélas parmi eux, on déplore l’absence de huit pères de famille tués au bombardement de Pforzheim (Allemagne) le 23 Février 1945 et laissant 34 orphelins. Notre village a cruellement payé sa libération mais il vit, il veut revivre. Ce terrible cauchemar ne nous semblera bientôt plus qu’un rêve, les routes se réparent, les trous d’obus se rebouchent, les mines s’enlèvent, les maisons cachent leurs cicatrices ; lentement les traces de la guerre disparaissent. Actuellement les drapeaux des nations alliées flottent partout, les cloches sonnent joyeusement annonçant la fin de l’affreux massacre, le triomphe de la liberté sur la barbarie et l’esclavage. La paix tant désirée a fini par s’imposer. Saluons-la avec l’espoir que son idéal durera toujours.

Ventron, le 26 Juin 1945 – Les enfants de l’école des garçons. (L’instituteur était M. Bolle)

Ch. Remy-Germain

Haut de page

PFORZHEIM.

Pforzheim.

Les déportés du 8 novembre 1944 de Ventron et de La Bresse ont été invités et reçus par la ville de Pforzheim pour trois jours, les 18, 19 et 20 juillet 2004 en compagnie de leurs maires, Jacques Lambert et Guy Vaxelaire.

La déportation.

Le convoi pour Pforzheim a duré trois longs jours pour 600 hommes, travailleurs forcés, venant des villages de La Bresse, Ventron et Cornimont, « kidnappés » par les SS, les forces de l'armée et de la gendarmerie. À partir du 11 novembre 1944, ils ont dû travailler de force dans les entreprises, les services municipaux et la forêt.

 

Cérémonie du souvenir.

De gauche à droite : A. Hans – Jean Perrin – Ch. Augenstein

Ce cimetière de Pforzheim est le lieu de sépulture des victimes des bombardements de la ville.

Jean Perrin, président de l'association des déportés de Ventron, aux côtés de André Hans de La Bresse, a évoqué les tués de l'attaque aérienne dévastatrice du 23 février 1945 : 23 hommes de La Bresse et 8 de Ventron.


 

Du déporté à l'ami.

Toutefois il y a eu de l'amitié envers les déportés, « exemple du comportement de l'humanité », a précisé Christel Augenstein, maire de Pforzheim, à la cérémonie officielle qui a eu lieu à l'hôtel de ville, ce lundi 19 juillet 2004.

Quatre fois déjà, nos hôtes nous ont fait l'honneur de visiter Pforzheim. Grâce au travail de réconciliation du prêtre Roger Riblet, qui a survécu à l'enfer des bombes et après divers contacts, dès 1977 les premiers travailleurs forcés ont pu visiter Pforzheim. Le conseil municipal, le doyen du village et l'ancien maire furent présents à cette première occasion. Un échange actif s'est développé, particulièrement pendant le mandat de l'ancien maire.



Échanges de cadeaux au cours de la cérémonie officielle à l'hôtel de ville de Pforzheim.

Jean Perrin, les maires des communes de La Bresse et de Ventron remercient chaleureusement les Allemands de leur hospitalité. André Hans remet à madame le maire une carte de l'Europe représentant les 12 étoiles, symboles des membres de plein droit de l'union européenne et un panier de spécialités vosgiennes. Quant à nos officiels, ils se sont vu remettre des volumes d'images de Pforzheim.
Les anciens travailleurs forcés et leurs épouses ont été hébergés dans le Hohenwart-Forum et des visites ont été organisées.

J. Perrin

Après ces temps forts, « soulignant l'importance de la réconciliation dans le cheminement de l'Europe », ce fut le retour vers la France.

Haut de page

 


Calendrier des Manifestations


NOVEMBRE

02 Activités 3e âge (Les Véternats) Salle des Fêtes

06 Concert (Loisirs Véternats) Eglise

11 Commémoration Armistice Monument

14 Repas Dansant (DSL) Salle des Fêtes

16 Activités 3e âge (Les Véternats) Salle des Fêtes

27 Assemblée Générale (Office du Tourisme) Salle des Fêtes

28 Sainte Cécile/Sainte Barbe (Amicale des Sapeurs Pompiers et Loisirs Véternats) Salle des Fêtes

30 Activités 3e âge (Les Véternats) Salle des Fêtes


DECEMBRE

04 Saint Nicolas (Association Familiale) Salle des Fêtes

Téléthon (Associations groupées)

05 Repas Dansant-lâcher de ballons (DSL) Salle des Fêtes

11 Repas (Personnel Communal) Salle des Fêtes

12 Fête de Noël (ADIC) Salle des Fêtes

14 Activités 3e âge (Les Véternats) Salle des Fêtes

19 Marché de Noël (Arts et Traditions) Salle des Fêtes

20 Prix du Crédit Agricole (USV) Frère Joseph

28 Activités 3e âge (Les Véternats) Salle des Fêtes
                                     

Rappel : les sorties du Club Vosgien, ouvertes à tous, sont affichées sur le tableau de l'Office du Tourisme.

Par manque de place, nous poursuivrons l'Histoire de Ventron dans le prochain numéro.

A retenir : les 5, 6 et 7 mai 2005, Ventron fêtera le 15e anniversaire du jumelage avec Plounéventer. Le programme des festivités vous sera communiqué ultérieurement.



Page précédente Haut de page